Théau Berthelot
1. Un genre politique
On a tendance à l'oublier mais outre le fait de faire danser des millions de gens dans le monde entier, le disco a aussi éveillé les consciences. Et l'exposition "Disco - I'm Coming Out" tend à rappeler à quel point le genre a changé les mentalités notamment sur les questions de sexualité et de minorités. A travers des chansons comme "I'm Coming Out" de Diana Ross ou les figures des Village People et Sylvester, artiste androgyne derrière le tube "You Make Me Feel (Mighty Real)", le disco a beaucoup oeuvré pour la communauté gay comme le montrent plusieurs oeuvres de l'exposition signées Keith Haring ou mettant en avant le drapeau LGBT. Le disco est d'ailleurs né comme un mouvement de contestation, à une époque fin 60's où les boîtes de nuit devaient être obligatoirement mixtes. Comme le rappelle également un cartel au début de l'expo, la plupart des "Reines du disco" étaient afro-américaines et venaient de l'univers de la soul, du funk ou du R&B, de Diana Ross à Chaka Khan en passant par Donna Summer, Gloria Gaynor ou Patti Labelle. "Disco" n'oublie pas non plus de citer ses modèles français, Sheila en tête dont on peut voir le costume argenté culte de "Spacer", mais aussi le revival de ces dernières années à travers les albums (et ensembles clinquants) de Clara Luciani et Juliette Armanet.
2. Une BO exceptionnelle
Pénétrer dans l'enceinte de la Philharmonie de Paris, c'est remonter le temps 50 ans en arrière. Et vibrer au son d'une playlist aux petits oignons concoctée par Dimitri from Paris, tel un DJ set sans fin. Vous pourrez ainsi déambuler et dodeliner de la tête sur "I'm Coming Out" de Diana Ross donc, "Respire encore" de Clara Luciani, "Le Freak" de Chic... Mais aussi des titres un peu plus périphériques, comme "Don't Stop 'Til You Get Enough" de Michael Jackson, "I Was Made For Lovin' You" de Kiss ou encore "Another Star" de Stevie Wonder. Le tout en suivant l'histoire du disco via plusieurs salles thématiques, de ses débuts dans les années 70, son pic de popularité avec "La fièvre du samedi soir" jusqu'à la fameuse "Disco Demolition Night" survenue en 1979, lorsque des milliers de "haters" du disco sont venus détruire des vinyles du genre dans un stade de Chicago. Une cabine permet aussi aux visiteurs d'écouter, instrument par instrument, certaines chansons comme le "Get Lucky" des Daft Punk et ainsi en voir l'évolution mélodique et rythmique.
3. Une mise en scène immersive
Si le parcours de l'exposition rappelle celui de "Metal - Diabolus in musica", "Disco" fait entrer le visiteur dans un décor digne d'une boîte de nuit new-yorkaise. Tubes à fond dans les enceintes, spots tournoyants, néons flashy avec des messages tels des mantras (« We dance together », « Love is in the Air »), canapés dorés où l'on peut s'asseoir ou non (selon notre niveau de VIP) et même une piste de danse sur laquelle certains osent quelques pas... Tout est fait pour se sentir immergé dans l'ambiance insouciante des années 70, entouré des portraits de Debbie Harry ou Grace Jones, signés Andy Warhol ou Robert Mapplethorpe, qui ornent les murs. Assez amusant à voir aussi, un aspirateur scintillant, des boules à facettes déstructurées (fondues ou en mille morceaux) ou encore des cartes de membre de certains clubs, dont un pass VIP du mythique Studio 54 de New York. Si la dernière salle de l'expo "Metal" nous mettait au coeur d'un pogo du Hellfest grâce à un écran circulaire, celle du "Disco" présente la batterie de Cerrone tandis que des extraits de concerts (le "Confessions Tour" de Madonna) ou de clips (Sheila, Clara Luciani) sont diffusés à l'écran. L'immersion est donc totale pour une exposition en tous points fascinante, que l'on n'a pas envie de quitter !